Cinquième journée ( V )

Quel était donc cet impérieux besoin d'au-delà qui torturait l'humanité souffrante? D'où venait-il? Pourquoi voulait-on de l'égalité, de la justice, lorsque ces choses semblaient absentes de l'impassible nature? L'homme les avait mises dans l'inconnu du mystère, dans le surnaturel des paradis religieux, et là il contentait son ardente soif. Toujours la soif inextinguible du bonheur l'avait brûlé, toujours elle le brûlerait. Si les pères de la Grotte faisaient de si glorieuses affaires, c'était qu'ils vendaient du divin. Cette soif du divin, que rien n'a pu étancher au travers des siècles, semblait renaître avec une violence nouvelle, au bout de notre siècle de science. Lourdes était l'exemple éclatant, indéniable, que jamais peut-être l'homme ne pourrait se passer du rêve d'un Dieu souverain, rétablissant l'égalité, refaisant le bonheur, à coups de miracles. Quand l'homme a touché le fond du malheur de vivre, il en revient à l'illusion divine; et l'origine de toutes les religions est là, l'homme faible et nu n'ayant pas la force de vivre sa misère terrestre sans l'éternel mensonge d'un paradis. Aujourd'hui l'expérience était faite, rien que la science ne semblait pouvoir suffire, et on allait être forcé de laisser une porte ouverte sur le mystère.
En complément: du même livre (Quatrième journée; V)
Et Pierre, cependant, ne discuta point. Il retint la réponse qui lui montait aux lèvres, convaincu d'ailleurs que l'éternel besoin du surnaturel ferait vivre chez l'homme douloureux l'éternelle foi. Le miracle, qu'on ne pouvait constater, devait être un pain nécessaire à la désespérance humaine. Puis, ne s'était-il pas juré, charitablement, de ne plus affliger personne de son doute?

Dans ce livre Zola retrace un pèlerinage à Lourdes vu par Pierre, un prêtre mécréant. Il décrit les espoirs, les illusions, les déceptions et les souffrances. Ce passage décrit la résignation de la raison face à l'illusion du divin qui est exploitée par les religions.
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